Deux mois de blocage à Kinshasa
Depuis bientôt deux mois, Jacques Kyabula Katwe, gouverneur élu du Haut-Katanga, est retenu à Kinshasa. Officiellement, il avait été convoqué par le vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, à la suite de ses propos tenus le 1er juillet dernier lors du meeting de l’Union sacrée à Lubumbashi. Une enquête devait éclairer les circonstances de sa « disparition » suivie de sa réapparition avant son arrivée dans la capitale. Mais depuis, le dossier semble au point mort, laissant planer une incertitude persistante : jusqu’à quand ce blocage durera-t-il ?
Un parcours politique marqué par la gestion de proximité
Jacques Kyabula Katwe s’est imposé progressivement dans la scène politique congolaise. Ancien directeur de cabinet au ministère des Infrastructures et Travaux publics, il accède au gouvernorat du Haut-Katanga en 2019.
À la tête de cette province stratégique, il s’est illustré par plusieurs réalisations notables :
La réhabilitation de routes et axes stratégiques, notamment celui de Kasumbalesa, essentiel pour le commerce transfrontalier.
La stabilisation sécuritaire dans certaines zones minières longtemps marquées par des tensions sociales.
La relance de l’économie locale, à travers l’appui aux petites et moyennes entreprises et une meilleure mobilisation des recettes fiscales.
Une gestion plus rigoureuse des finances publiques provinciales, saluée par divers partenaires économiques.
Ces actions lui ont valu une solide popularité. Un sondage de l’institut Les Points révèle que 81 % des habitants du Haut-Katanga réclament son retour et la reprise de ses fonctions.
Une mise à l’écart qui interroge
Pour nombre d’observateurs, le maintien de Jacques Kyabula à Kinshasa ne s’explique plus par des raisons administratives, mais par une volonté politique de l’écarter. Certains acteurs du pouvoir central chercheraient à imposer un nouveau gouverneur jugé plus aligné sur leurs intérêts.
Une telle démarche pourrait s’avérer coûteuse politiquement. En effet, Jacques Kyabula est considéré comme un atout pour le président Félix Tshisekedi dans une province où son influence a été difficilement acquise. L’écarter reviendrait à fragiliser inutilement le camp présidentiel, à quelques mois de nouveaux enjeux politiques et sociaux.
Les risques d’un vide politique au Katanga
Alors que la RDC est déjà confrontée à une insécurité persistante dans sa partie orientale, ouvrir un nouveau front au Katanga pourrait s’avérer dangereux. L’absence prolongée du gouverneur fragilise la cohésion entre Kinshasa et la base, et laisse des brèches exploitables par l’opposition, qu’elle soit politique ou armée.
Un appel à la réhabilitation
Face à cette situation, plusieurs voix s’élèvent pour demander au chef de l’État d’intervenir. La réhabilitation de Jacques Kyabula apparaît comme une nécessité pour préserver la stabilité dans une province stratégique et poursuivre les projets de développement en cours.
La question reste donc entière : à quand la réhabilitation de Jacques Kyabula Katwe, gouverneur du Haut-Katanga ?
Par Meschack Lofaka Esiya
