Accord RDC–Rwanda : Maitre Mugagga dénonce un projet déséquilibré et inquiétant

À quelques heures de la signature officielle de l’accord bilatéral entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, prévue à Washington sous la médiation des États-Unis, des voix s’élèvent pour dénoncer la nature et le contenu de ce texte jugé opaque et déséquilibré.

Parmi les critiques les plus virulentes figure celle de Maître Charles Mugagga MUSHIZI BASHUSHANA, avocat et Directeur du Centre d’Études et de Recherche sur la Justice Internationale (CERJI). Dans une analyse approfondie, il dénonce ce qu’il qualifie de « quatre maladies graves » affectant le projet d’accord.

  1. Négociation sur fond de pillage des ressources

Pour Me Mugagga, il est incompréhensible que le Rwanda — souvent accusé d’exploiter illégalement les ressources minières congolaises — puisse s’asseoir à la table des négociations sans que la question du pillage minier ne soit abordée dans le texte. Il estime qu’un accord de paix véritable devrait intégrer la dimension économique et les causes profondes du conflit.

  1. Impunité des crimes de guerre

Le deuxième point d’alerte concerne l’absence totale de mécanismes de justice pour les victimes. Alors que le Rwanda est mis en cause dans des crimes de masse à l’Est de la RDC, l’accord ne prévoit aucune poursuite judiciaire ni programme de réparation. Une lacune grave pour le directeur du CERJI, qui y voit un abandon des victimes et un affront à la justice internationale.

  1. Dialogue unilatéral imposé à la RDC

Troisième critique majeure : seul le gouvernement congolais serait obligé de dialoguer avec les groupes armés présents sur son sol. Ce dialogue, imposé unilatéralement, reviendrait à accorder une forme de légitimité aux rébellions, alors que le Rwanda soupçonné de soutenir certains de ces groupes n’est soumis à aucune obligation équivalente.

  1. Conditions de retrait floues et inquiétantes

Enfin, Me Mugagga s’inquiète des modalités de retrait des troupes rwandaises. Celles-ci seraient conditionnées à la levée de l’état de siège en RDC et à la mise en place du dialogue intercongolais, sans calendrier précis. Il craint que ces préalables ne deviennent des obstacles permanents au retrait effectif des forces étrangères.

À ces préoccupations s’ajoute une dernière critique : l’accord imposerait uniquement à la RDC l’obligation de cesser tout soutien aux groupes armés, sans imposer la même exigence au Rwanda. Ce déséquilibre, selon lui, affaiblit encore davantage la position congolaise dans un accord déjà peu favorable.

Une absence de consultation démocratique

Fait inquiétant, souligne encore Me Mugagga, cet accord n’a fait l’objet d’aucune discussion parlementaire. Il regrette que le peuple, à travers ses représentants, n’ait pas été consulté sur un texte aux implications aussi lourdes pour la souveraineté nationale.

Le gouvernement tente de rassurer

Face à ces multiples critiques, le gouvernement congolais reste ferme. La porte-parole du président Félix Tshisekedi, Tina Salama, a réagi sur son compte X (ex-Twitter) en affirmant que « l’accord qui sera signé est strictement identique à celui paraphé il y a une semaine par les délégués des deux pays ». Elle réfute ainsi toute idée de concessions faites par la RDC, notamment concernant le retrait des troupes rwandaises.

Alors que l’heure de la signature approche, la tension reste palpable. Entre inquiétudes populaires, doutes juridiques et engagements diplomatiques, l’accord de Washington apparaît d’ores et déjà comme un tournant décisif — mais controversé — dans le processus de paix entre Kinshasa et Kigali.

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