Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, a officiellement sollicité ce lundi l’autorisation de l’Assemblée nationale pour engager des poursuites judiciaires contre le ministre de la Justice, Constant Mutamba, soupçonné de détournement de fonds publics.
Lors d’une séance plénière, le réquisitoire du procureur, lu par le rapporteur de la chambre basse du Parlement, accuse le ministre d’avoir détourné des fonds alloués à l’indemnisation des victimes de la guerre des six jours à Kisangani.
« Les déclarations du ministre Mutamba lors de ses auditions n’ont pas levé les doutes, mais ont au contraire renforcé la conviction du parquet quant à l’intention manifeste de détourner lesdits fonds », affirme le procureur général dans son réquisitoire.
Au cœur de l’affaire figure la société Zion Construction, présentée comme un prestataire dans le cadre de la gestion des fonds publics. Le procureur souligne que le ministre Mutamba n’a fourni aucune preuve de l’existence réelle de cette entreprise. Il n’aurait ni vérifié ses capacités techniques ni contrôlé l’exécution des travaux supposément confiés à cette structure.
Les associés de Zion Construction sont actuellement introuvables et font l’objet d’avis de recherche. Par ailleurs, aucune preuve concrète n’a été apportée concernant l’identification du site censé accueillir une maison carcérale à Kisangani, bien que des fonds aient été débloqués à cet effet.
« Le ministre a déclaré que le site était encore à identifier, mais il ne l’a jamais visité et ignore même son emplacement », précise le procureur.
Attendu au parquet ce 9 juin pour une troisième convocation, Constant Mutamba a brillé par son absence, préférant se faire représenter par ses avocats. Il est convoqué une dernière fois le jeudi 12 juin. En cas de non-comparution, un mandat d’amener pourrait être émis contre lui, en attendant la décision finale de l’Assemblée nationale sur la levée de ses immunités.
Cette affaire n’est pas la première impliquant le ministre Mutamba. Déjà en mai dernier, une première autorisation d’enquête avait été obtenue par le procureur Mvonde concernant un détournement présumé de 19 millions de dollars destinés à la construction d’une prison à Kisangani. Les premières auditions avaient alors mis en lumière de nombreuses irrégularités dans la gestion de ces fonds.
Ce nouveau rebondissement dans un dossier hautement sensible relance le débat sur la lutte contre l’impunité au sein des institutions congolaises, dans un contexte où les attentes citoyennes en matière de transparence et de reddition des comptes restent très fortes.
